« 27 avril 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 99-100], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8185, page consultée le 24 janvier 2026.
27 avril [1839], samedi, midi ¼
Bonjour, mon cher petit bien-aimé. Bonjour, comment vont tes yeux, mon adoré ? Pauvre
ange, que tu as été bon cette nuit. Jamais je ne l’oublierai. Au reste je te dirai
que
l’encre nouvelle est tout à fait violette, ce qui avec
l’encre très noire ancienne jure un peu mais ce n’est rien, je l’espère. Quant à
l’autre petit, il est encore plus ravissant le jour, c’est un vrai bijou, je voudrais
pouvoir le mettre dans un petit cadre d’or et de diamants. C’est le chef d’œuvre de
tes dessins et de tous les dessins du monde ! Quel malheur que tu ne sois pas venu
ce
matin. Je t’aurais embrassé tout FRAIS car je suis dans un transport de joie et
d’amour. Si tu pouvais venir à présent : QUEL BONHEUR !!!!a J’attendrai pour écrire à Mme Krafft que tu aies vu le dessin quoique dans tous
les cas il faille l’envoyer tel quel. Il fait aussi noir et aussi triste aujourd’hui
que les jours où tu me fais sortir. Cependant je reste à la maison et ce n’est pas
juste. Mon Toto, je n’ai pas le sou… Quel bonheur ! L’argent de cette nuit a servi
à
acheter de la toile pour mes deux robes, des mèches, et puis
un pot au feu, mais je suis sans un liard. Si encore nous recevions nos ÉMOLUMENTS,
ce
ne serait que demi-mal mais nous ne recevons rien du tout, ce qui est fort CHESSE.
Et puis je t’aime de toute mon âme.
Juliette
a Les 4 points d’exclamation courent jusqu’à la fin de la ligne.
« 27 avril 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 101-102], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8185, page consultée le 24 janvier 2026.
27 avril [1839], samedi soir, 6 h. ¼
Vous êtes un vieux vilain de ne m’avoir pas fait sortir et toute votre belle phrase de cage, de perroquet, de femme, d’oiseau, d’aile coupée et de bonheur sans égal ne peut racheter votre méchanceté. Je crois que ma cocotte a la grippe, elle ne fait que bailler, qu’éternuer et que se moucher. Plaisanterie à part, il sort de son petit nez une espèce de MUQUEUSE de perroquet très drôle et la pauvre petite bête ouvre le bec et a l’air de n’en plus pouvoir. Je l’ai ôtée de la fenêtre, mais je reste toujours fort inquiète car ça ne se passe pas. Je serais très fâchée
… 7 h ¼
Je vous ai vu, mon cher bijou, dans l’intervalle où je vous parlais de la cocotte
et
des craintes qu’elle m’inspirait. Maintenant, mon amour, mes craintes ont changéa d’objet et c’est votre mal de tête
qui m’occupe. Je n’aime pas que vous souffriez à votre pauvre belle tête quand vous
travaillez, aussi je vais vous supplierb d’y faire bien attention.
Vous avez raison, mon Toto,
d’avoir confiance en ma probité, car quoique la curiosité me poignarde je ne
regarderai pas ce que vous venez d’écrire. Je vous aime trop pour oser vous désobéir.
La cocotte ne se calme pas, au contraire, et la morve finitc par déborder son mouchoir. Je suis bête
mais c’est vous qui en êtes la cause.
Juliette
a « changées ».
b « suplier ».
c « fini ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
